Une belle histoire de rugby… et de destin.
Le destin, parfois, sait surprendre au bon moment. Fin juillet 1996, alors que nous profitions de vacances estivales dans le Gers, une envie soudaine nous conduit au siège du Stade Toulousain. L'objectif était simple : photographier le bouclier de Brennus, fraîchement conquis par le club toulousain après une victoire mémorable face à Brive (20-13).
Sur place, l'accueil est chaleureux. La bienveillance des personnes présentes nous met rapidement à l’aise. Et comme si le hasard voulait bien faire les choses, René BOUSCATEL, président emblématique du club, fait son apparition. Profitant de l’heure propice, il nous invite tout naturellement à partager un apéritif dans son bureau.
La conversation, d’abord courtoise, devient vite passionnée. Il évoque avec fierté la victoire européenne remportée quelques mois plus tôt contre CARDIFF (21-18 après prolongation), faisant du Stade Toulousain le tout premier champion d’Europe. Ce détail n’est pas anodin : en 1917, le Stade Nantais avait battu Toulouse en finale, et Nantes est jumelée avec Cardiff. Le clin d’œil historique et symbolique est évident : quoi de plus logique que de réunir ces deux équipes à Nantes ?
En partant, René, avec cette chaleur humaine qui le caractérisait, me lança avec un sourire complice : " Envoyez-moi au plus vite une lettre d'invitation du Stade Nantais. Je vous assure qu'elle retiendra toute mon attention."
De retour à Nantes, j’en parle aussitôt à Christian SOMMERIA, président du Stade Nantais. Sceptique dans un premier temps, il accepte malgré tout d’envoyer la fameuse lettre en espérant un match de pré-saison.
Et puis le téléphone a sonné…
Nous sommes à la mi-juin 1997. Un dirigeant du Stade Toulousain m’appelle : ils acceptent l’invitation ! Le club prévoit d’effectuer son stage de pré-saison à Nantes, du 24 au 31 juillet. Et la surprise ne s’arrête pas là : Cardiff a également confirmé sa venue aux mêmes dates. L’idée d’un match de gala prend forme.
Mais il fallait agir vite. L'organisation d’un tel événement à la dernière minute, en plein été, n'est pas une mince affaire. L’aspect financier ? Rapidement abordé et vite réglé : chaque club prend à sa charge ses frais de transport et de séjour. La recette du match ? Intégralement laissée au Stade Nantais. Une marque de confiance inestimable.
Mobilisation express et accueil chaleureux
En plein été, difficile de mobiliser des bénévoles… mais l’enthousiasme l’emporte. Le Centre Technique du Football de Saint-Sébastien-sur-Loire, séduit par l’idée d’accueillir deux grandes équipes de rugby, met ses installations à disposition. Les terrains de la ville sont aussi réquisitionnés.
Le Stade Toulousain est le premier à arriver, en car. Affamés après un long trajet ponctué de parties de cartes, joueurs et staff n’avaient pas encore déjeuné. Il fallait trouver un restaurant pour accueillir 30 personnes à 14 h 30, entre Montaigu et Nantes. Un restaurant routier à Saint-Hilaire-de-Loulay accepte. La joie du patron, ravi de cette visite inattendue, combinée à la convivialité légendaire des rugbymen, a fait de ce repas un moment inoubliable.
Une fois installés, les Toulousains se rendent au stade de Basse-Goulaine pour un décrassage improvisé avec les joueurs du Stade Nantais. Un moment rare, presque irréel pour J.P. TRILLE, qui n'aurait pu rêver meilleure préparation pour la nouvelle saison.
Une relique entre les mains
Avant ce premier entraînement, Guy NOVES et Serge LAIRLE me confient un trésor : le bouclier de Brennus, avec pour mission de le garder précieusement jusqu’à leur retour[1]. Une marque de respect qui honore tout le rugby régional. Ce trophée, que les joueurs du SNUC de 1917 n’avaient pu toucher que plusieurs mois après leur victoire[2], allait enfin trôner au club-house. Un symbole fort, et un outil de promotion rêvé pour l'événement à venir.
Cardiff, élégance britannique et twist inattendu
L’équipe galloise de Cardiff arrive le lendemain, en avion. Si elle accepte dans un premier temps le centre sportif, elle choisit rapidement de s’installer à l’hôtel, sur l’île Beaulieu, un cadre correspondant sans doute mieux à ses habitudes.
Grâce à Dominique CASSAGRANDE, joueur du FC Nantes et ami de plusieurs Toulousains, un entraînement commun entre le F.C. Nantes et le Stade Toulousain est organisé, suivi d’un déjeuner prévu entre les staffs. Mais à la surprise générale, Coco SUAUDEAU s’excuse au dernier moment. Le lendemain, on apprend sa démission annoncée deux heures plus tôt. Dans un éclat d’humour typiquement toulousain, NOVES et LAIRLE en plaisanteront : "Il a dû être écœuré par nos méthodes d’entraînement !"
Le match de gala – Un dimanche pas comme les autres
Dimanche 27 juillet, stade Marcel Delfrande. Grâce à l’appui logistique de nos amis du R.C. Baulois, rompus à l’organisation d’événements estivaux, tout est prêt.Toulouse vs Cardiff. Une rencontre de rêve. Plus de 5 000 spectateurs, des stars du rugby des deux côtés, une ambiance survoltée. Un spectacle de haut niveau qui dépasse toutes les attentes. Victoire toulousaine 43 à 19, avec 7 essais marqués, dont le tout premier sous ses nouvelles couleurs par un certain Fabien PELOUS.
Et la fête continue…
Le lendemain, place à un match amical entre Cardiff et le Stade Nantais. Mais comme souvent avec les Britanniques, le mot "amical" n’a pas tout à fait le même sens… Un match disputé, engagé, qui ravit JP TRILLE et offre au Stade Nantais une superbe préparation pour sa saison en 3e division.
Et après ?
De cette semaine extraordinaire, il reste des souvenirs impérissables. Des liens forts se sont tissés. Un an plus tard, ils donneront naissance à un parrainage officiel entre le Stade Toulousain et le Stade Nantais, preuve que parfois, le destin fait bien les choses…